Archéologie de l'intime

De la relique à la réparation

Grâce à vous, j’ai pu goûter aux restes des terres embrumées.

Grâce à vous, j'ai pu imaginer des élans de liberté.

Dans mon creux,

Resteront vos précieux,

Noués de tout ce qui s'est joué sur les parquets ;

De toutes vos hésitations à partir ou à rester.

J'ai pu observer,

Le vent essayant de m'aider à échapper,

À un seuil abandonné comme l'éternité tombée sur les toits.

À un seuil aussi étroit que les failles des Hommes et leurs Rois.

J'ai rêvé,

D'un haut lieu où le silence s'est imposé comme maître à bord d'un navire qui ne peut chavirer.

J'ai rêvé,

De flots d'où jaillit un cheval ailé,

Et moi, pieds nus sur les bords blanchis des sommets.

Et même si je vis au rythme des souvenirs de vos pas légers,

Je sais que j'irai,

Coucher sur les flancs des chevaux,

Pour vous permettre à nouveau,

De goûter aux terres embrumées,

Et à moi,

De vivre mes élans de liberté.

Seuil.

Karine N’guyen Van Tham

Seuil

Seuil - Boîte à chaussures de nomades, chaussures et tapis.

Lin, toison brute de brebis, tissage artisanal des textiles et rubans, teintures végétales (indigo, réséda, racine de garance), sculpture textile, couture, techniques diverses de vieillissement, travail du bois (planches de pin de récupération), fabrication et assemblage de la boîte, clous, huile de lin, papier, écriture, encre de chine.

Dimensions : 30cm Longueur x 19cm largeur x 22cm hauteur fermée/ 39cm hauteur ouverte

Année : 2025

Mutation

Peux-tu imaginer ce qu'était,

La couleur de ma peau héritée de mes aînés ?

Peux-tu imaginer,

Les désirs vers lesquels j'ai sans cesse marché ?

Je vois les ombres des souvenirs qui peinent à me raconter,

Celui que j'étais à oeuvrer me façonner.

J'ai changé,

J'ai déjà oublié,

Les restes de vos voix sur les sentiers,

L'attente sur les seuils délavés.

Je sens la terre frapper à mes pieds,

Pour ne suivre que mon instinct et le voir s'infiltrer,

Dans des membres prêts à affronter les dénivelés.

J'irai,

M'enivrer à l'oisiveté.

J'irai,

Avant la rosée déposée,

Me délecter des bourgeons colorés.

Mutation

Karine N’guyen Van Tham

Mutation - Banc à chaussures, chaussures/pieds d'animaux et tapis.

Soie, lin, bois (tilleul, pin), clous, toison brute de brebis, teintures végétales (indigo, arbre à cachou)
Techniques : Sculpture sur bois, confection du meuble, tissage artisanal des rubans et textiles, teintures végétales, sculpture textile.
Dimensions : 30 cm Longueur x 27cm largeur x 30cm hauteur

Année : 2025

J’ai laissé mes veines endormies aux pieds du lit,

Et goûté au pieu de la nuit.

Je l'ai vu, se plier sous son poids,

Emporter avec elle des troncs de nuages bas.

Je me suis réveillé,

D'un sommeil trop léger,

Réveillé,

Par des dénis venus frapper au grenier.

Sur mon buste, des paysages de feu et de sang,

Et la masse dans ma poitrine, loin de toute doctrine.

Maintenant, je me souviens,

Avoir écumé les vertes vallées,

Déversé l'obscurité sur les blés.

Fait tailler des croix sur les sommets des troncs,

Pour vous surplomber à ma façon.

Et comme pour me montrer un chemin,

J'ai vu aux sommets des falaises le Divin,

Comme le doigt d'un dieu qui plus jamais ne s'éteint.

Et ma rétine qui maintient,

Et cette lumière qui m'étreint.

Alors j'irai,

Creuser la montagne,

Avant qu'elle ne se fane.

Et sous la voûte des dieux,

Demander à mes aïeux.

Pourquoi j'ai dévié,

Pourquoi mes artères se sont vidées.

J'irai bercer mes morts et mes naissances,

Dans ces vies souvent dénuées de sens.

Si ce n'est celui que je peine à leur donner,

Par des luttes acharnées.

l me faudra, déloger les cœurs enfouis sous les pierres,

Il me faudra à nouveau, faire de vous mes frères.

J'irai sceller ce qui a précédé mes armées,

Et laisserai mes contemporains me juger,

Si tant est qu'un dieu ne s'en soit pas encore chargé.

J'irai tantôt pèleriner,

Tantôt prier voûté,

Pour enfin,

Mourir allongé,

Comme l'ombre des croix près des falaises acérées,

Là où les roches se confondent aux restes des vertes vallées.

Le temps des regrets.

Le temps des regrets

Le temps des regrets

Dessin sur papier enduit, bois

20 cm x 20cm

2025

Le temps des regrets - Armure scellée sur bois.

Lin, tissage artisanal des textiles et rubans, teintures végétales (réséda, racine de garance, sulfates), écailles de pommes de pin (Pinus strobus), capitonnage, coutures, techniques diverses de vieillissement, bois.

Dimensions : 100cm Longueur x 67cm large x 10cm profondeur

Année : 2025

Le temps des regrets - Poèmes illustrés

Dessins et poèmes sur papiers enduits. Extrait - tailles variables : de 20 cm x 13 cm à 30 cm x 23 cm- 2025

Dans l’ombre du Mont sacré,

J’ai reprisé tout ce qui me restait.

C’est ici,

Que j’ai percé la poche des os,

Et déversé dans les eaux les regrets soigneusement perchés sur mon dos.

Dans les silences les plus anodins,

Je percevais le temps sur mes mains.

Le seul à me ramener à un hypothétique destin.

Celui où j’aurais pu me voir m’agiter,

Dans un tumulte de flots sans jamais y être guidé.

Pourtant,

C’est dans la plus grande humilité,

que j’ai fini par me courber,

Pour mieux recevoir une lumière qui m’est chair,

Pour mieux apprendre de notre Père.

J’ai communié.

Pour devenir ce haut lieu,

Et ses roches épaisses qui se confondent – souvenez-vous – aux restes des vertes vallées.

Ici, près des croix sur les sommets,

J’ai pris le risque de lâcher,

D’embrasser les creux cachés.

Dans cette porosité,

J’ai pris le risque de muter,

Dis-moi,

Quel risque y a-t-il à trôner ici – immobile - comme l’éternel Mont sacré,

Si en moi, seule demeure la paix?

Athos (Ermite au Mont sacré).

Athos - Le temps des regrets - Partie II

Athos - Le temps des regrets - Partie II

Relique textile d'ermite

Lin, tissage artisanal des textiles, teintures végétales (réséda, bois de campêche, sulfates), toison brute de brebis, capitonnage, coutures, techniques diverses de vieillissement.

Dimensions : 75cm Hauteur x 35cm large x 45cm profondeur

Année : 2025

À mon frère

Mon ami,

Mon frère,

Toi et moi,

C’était Anda

Et sonna le glas,

Dans les cieux et l’au delà.

Sous le grand ciel Tengri,

Ce n’est qu’un court adieu, mon ami.

[...]

C’était soudain,

Comme l’écume d’une fin d’été entre nos mains.

Mais mon frère, j’ai dû faire face,

Et de toi, j’ai gardé une trace.

Ta dernière demeure t’offrira pour toujours les rayons de l’Ouest,

Et le vent tes dernières caresses.

Je me souviens des vols suspendus des rapaces,

Et de leurs ombres dont seules les falaises en gardent les traces.

[...]

Ta mort a fait de moi un homme solitaire,

Et j’ai continué à saluer notre terre.

J’ai appris à écouter d’autres chants,

Ceux des saisons, des pluies et des torrents.

Parce que mon frère, c’est aussi dans la mort que l’on apprend,

Que l’on apprend à aimer le chant de l’instant.

J’irai seul,

J’attendrai mon dernier linceul.

Et j’aurai, mon frère,

Une dernière pensée,

Avant de te retrouver.

Parce que mon frère,

Anda, lui, ne meurt jamais.

À mon frère.

À mon frère - Relique textile suspendue.

Lin, toison de brebis, tissage artisanal des textiles et rubans, teintures végétales (indigo et noix de galles), capitonnage, coutures, techniques diverses de vieillissement, bois, papier, encre de chine.

Dimensions : 46cm Longueur x 28cm large x 34cm profondeur

Année : 2022

Exposition "Per non perdere il filo" Fondazione dell albero d'oro, Palazzo Vendramin Grimani - Biennale de Venise 2024Crédit photo Ugo Carmeni

Humus - Série de coiffes.

Lin, toison de brebis, tissage artisanal des textiles, teintures végétales (indigo, racine de garance, cachou, sulfates), capitonnage, coutures, techniques diverses de vieillissement, crin de cheval, écailles de pommes de pin

Dimensions variables - en moyenne : 50cm Hauteur x 22cm large x 25cm profondeur

Année : 2022-2026